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Je soupire, je souffle, j'expire, y a rien qui sort où est mon air,

je mets deux doigts sur mon pouls, j'attends, je sens la colère monter, et le sentiment geindre, quoi d'autre, le désir avec ses sursauts de vieil aveugle affamé

mais je ne mange pas, je n'ai pas faim, et mes deux doigts au pouls,

mais rien, je sens la rage qui se faufile comme un nuage sous mes petons froids,

mais le carrelage, il est quoi ?

Mes lèvres laissent glisser des lettres en ordre, tu comprends ?

Ca fait des trucs, de la politesse, de la politique, j'en sais rien,

j'ai des yeux fragiles, ça, le médecin m'avait prévenu quand j'étais petit, faire attention au soleil, à l'informatique et à la poussière, mais derrière l'éclair, l'écran et les grains, y-a-t-il quelque chose que j'ignore,

j'imagine bien un monde avec des blocs de couleurs et un brouhaha plutôt amusant,

j'imagine bien ta poigne qui serre ma main pour me saluer mais je ne sens que ton hypocrisie et j'entends rugir ton cratère endormi et ton volcan de haine, merde, qu'est-ce que je t'ai fait

il parait qu'on a chaud à deux sous la couette alors pourquoi la solitude vient me presser les couilles comme si j'allais, tu allais, nous allions mourir dans une heure,

où est mon air

quand j'étais petit, le médecin m'avait dit aussi que je ne ferais pas plus d'un mètre soixante-cinq et j'avais peur mais maintenant qu'il est mort, ce médecin, moi, je peux physiquement regarder au dessus du mur du jardin, mais voir... Non. Rien.

J'imagine la voisine très belle pourtant, avec des seins auxquels je pense toujours quand je ressens le besoin d'aimer, celui-là il va, il vient, il me remplit le fond du cerveau, il me le vide, il me le remplit, il me le vide, c'est un passe-temps que j'affectionne et qui m'effraie car, sous la peau, il y a une vérité qu'on m'a tatoué à la naissance, c'est qu'un jour, ma tête sera comme une chasse-d'eau qui ne fonctionne plus. Je ne sais pas si je dois espérer le vide ou le plein quand ça s’arrêtera, je verrais bien au bout de la peur ce qui va se passer.

Ça y est, le vent se lève, ils ont prédit la tempête dans le mare du café. La dernière fois, j'ai lu que les automobiles s'envolaient pendant les tempêtes et je ne comprends pas pourquoi les gens pleurent à cause de ça. J'ai lu aussi que des chercheurs pouvaient dans des laboratoires espérer que les voitures s'envolent comme des oiseaux dans le futur. Je ne suis pas assez intelligent pour avoir le recul nécessaire mais je ne vois aucun chercheur dans les automobiles les jours de tempête.

Je vais rentrer, l'en dehors n'est pas rigolo, je vais me faire un cocon à l'intérieur de moi et veiller au plein et au vide. S'il le faut, je cracherais dedans. S'il le faut, je ferais un trou.

CHASSE D'EAU

Autoportrait tiré à quatre épingles.jpg
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